C’est un sujet qu’on ne peut éviter aujourd’hui, depuis les affaires canadiennes jusqu’à la démission retentissante du cardinal Marx, archevêque de Munich et collaborateur du pape. Il vous saute à la figure comme les violentes insultes régulièrement essuyées par votre curé, jusque dans les rues de Lorgues… On aimerait s’en passer, on préfèrerait se taire parce que tout cela est très inconfortable ; on peut aussi avoir honte, et les choses dont on a honte, on les passe sous silelépreuxnce. C’est un des aspects du problème : après l’offense aux victimes, vient la question de la dissimulation. Elle n’est pas forcément de l’ordre de la complicité ou de l’indifférence.

Même pour le simple fidèle, la honte est inévitable : baptisé dans la mort et la résurrection du Christ qui est notre honneur et notre fierté, nous sommes aussi devenus ce jour-là membres d’une communauté, solidaires d’hommes et de femmes de tous pays et de tous les temps. Par là, tout ce qui fait honneur au corps de l’Église nous tire vers le haut, tout ce qui le souille, nous salit et nous blesse.

 

Que nous ayons des frères dévoyés est une chose, qu'il s'agisse de personnes chargées d'instruire et de conduire les autres ajoute encore au dégoût. Alors la tentation est grande pour beaucoup (on le voit en Allemagne où l’inscription dans une communauté est liée au paiement de l’impôt et donc dûment enregistrée) de quitter l’Eglise avec fracas ou sur la pointe des pieds. Il s’agit bien d’une tentation, qui est de tous les temps. C’est celle du catharisme (l’Eglise des « Purs »), rêve d’une communauté de Parfaits à laquelle il est commode de s’identifier et déni de la réalité, qui ne peut toujours qu’être plus contrastée dans la société comme en chacun de nous… Le Christ connaissait l’être humain, mais c’est précisément cette réalité malade qu’il est venu soigner, cette humanité déchue qu’il a voulu sauver et épouser. Ce « baiser aux lépreux » nous invite à assumer aussi le fait d’avoir des frères et des sœurs dont on peut humainement avoir honte, y compris des clercs...

Ne désertant pas notre poste, il faut ensuite apporter les remèdes. La priorité, là encore, va aux victimes dont nous savons malheureusement qu’elles ne guériront jamais vraiment. Mais il y a aussi des fonctionnements à changer, des structures à adapter, des comportements à réviser. Tout en étant divine, l’Eglise doit sans se lasser se réformer dans ce qui constitue son organisation humaine. Là encore, les tentations sont nombreuses, d’en profiter pour tout mélanger et au nom des grands principes, de faire passer nos propres revendications, nos incompréhensions ou nos blessures personnelles pour des impératifs. Sous prétexte de purification de l’Eglise, on peut la décaper au karcher et la défigurer : c’est le souhait inavoué de beaucoup de « bons apôtres »…

Les yeux fixés sur Jésus-Christ fait homme pour sauver l’homme et sans instrumentaliser ce qui se passe ailleurs ou s’est passé en d’autres décennies pour régler nos propres problèmes, il nous est demandé de vivre chez nous et aujourd’hui les exigences de la foi sans en omettre aucune. Cultivons entre nous des relations fraternelles et simples qui puissent aider chacun à se construire sereinement et que notre prière associe aussi aux victimes ceux qui ont la lourde charge de juger et de prendre des décisions.